Nommé consul honoraire d’Ukraine à Monaco par ordonnance souveraine en janvier 2026, Alexandre Caracchini est entrepreneur et ingénieur en génie civil, CEO de RED WHITE GROUP. Actif dans l’immobilier et les projets d’infrastructure, il apporte aujourd’hui aux ukrainiens une aide diversifiée, souvent administrative. Sa conviction : la reconstruction du pays ne commencera pas après la guerre, elle a déjà commencé.
Aujourd’hui, on recense environ 319 Ukrainiens en Principauté. Il y a eu une vague d’immigration importante il y a quatre ans, au tout début du conflit, mais Monaco reste une place exigeante, tant sur le plan du coût de la vie que du cadre réglementaire. Beaucoup n’ont pas pu rester. Ceux qui sont aujourd’hui installés sont majoritairement des entrepreneurs, des familles déjà établies ou des profils très qualifiés.
Les enfants s’intègrent très bien. Ils apprennent vite, s’adaptent rapidement, et les familles viennent aussi chercher ici la sécurité, la stabilité et la qualité du système scolaire. On voit une communauté qui se soude, pas seulement entre Ukrainiens, mais aussi avec des conjoints, des familles mixtes et des personnes qui se sentent proches de l’Ukraine. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons voulu créer une association ouverte : Les Amis de l’Ukraine, pour aider ceux qui en ont besoin.
Même à Kiev, qui est loin du front, la guerre est omniprésente. Il y a un couvre-feu strict à partir de minuit, de nombreux barrages, une présence militaire très visible, et les stigmates des premiers jours du conflit sont toujours là. On voit aussi de plus en plus de blessés de guerre, des amputations, des vies marquées à jamais. À chaque déplacement, ce poids est plus lourd.
Le pays continue à fonctionner, mais sous tension permanente. L’électricité n’est pas toujours garantie, c’est pour cela que je loge désormais presque exclusivement dans des hôtels équipés de générateurs. Dans ces hôtels, je rencontre énormément d’investisseurs étrangers, notamment américains, et de plus en plus de Coréens, très présents sur les projets d’infrastructure.
Ils font preuve d’une résilience impressionnante. Ils travaillent, ils avancent, ils préparent l’avenir. Mais certains secteurs ont été très durement touchés, en particulier la construction. Beaucoup d’ouvriers ont été mobilisés sur le front, et il y aura clairement un problème de main-d’œuvre après-guerre, entre les pertes humaines et les personnes qui se sont établies ailleurs et ne reviendront pas forcément au pays.
La reconstruction ne sera pas seulement matérielle. Elle sera aussi psychologique. Il y a et il y aura un besoin énorme d’accompagnement des traumatismes. C’est un sujet dont on parle peu, mais qui pèsera lourdement sur le pays dans les années à venir.
C’est aussi pour cette raison que je m’appuie sur des initiatives très concrètes portées depuis Monaco. Je pense notamment à la fondation Dopomogator, créée par une résidente monégasque, qui intervient directement sur le terrain en Ukraine. Cette fondation fournit notamment des prothèses bioniques gratuites à des civils et des vétérans amputés. À ce jour, 26 prothèses de haute technologie ont déjà été délivrées. C’est un exemple très parlant d’actions ciblées, traçables et à impact humain immédiat.
La priorité absolue, c’est l’énergie. Sans énergie, il n’y a rien : pas d’hôpitaux, pas d’eau, pas de chauffage, pas d’activité économique. Les infrastructures énergétiques sont régulièrement ciblées. Certaines nuits ont mobilisé plus de 400 drones et plusieurs dizaines de missiles. À certains moments, jusqu’à 800 000 habitants de Kiev ont été privés simultanément d’électricité et de chauffage.
Les besoins concernent aussi les infrastructures de transport, le logement, l’agriculture, la logistique et la digitalisation. L’Ukraine est très avancée dans la tech, et la digitalisation est un levier majeur pour la reconstruction. C’est un pays qui, même en guerre, reste extrêmement dynamique sur ces sujets.
Parce que la reconstruction a déjà commencé. Les estimations conjointes de la Banque mondiale, de la Commission européenne et des Nations unies évaluent les besoins à plus de 400 milliards de dollars sur la prochaine décennie. Mais chaque mois de retard augmente la facture future. Maintenir aujourd’hui les infrastructures critiques évite une destruction économique beaucoup plus large demain.
Oui, et c’est un point fondamental. Il existe aujourd’hui des fonds structurés, audités et gouvernés selon des standards européens : Amber Dragon Ukraine Infrastructure Fund, Horizon Capital Catalyst Fund, Rebuild Ukraine Fund, les programmes de la Banque européenne d’investissement, ou encore le Ukraine Energy Support Fund. On n’est plus dans une logique de dons improvisés, mais dans une architecture financière structurée.
C’est une inquiétude légitime. Aujourd’hui, les fonds multilatéraux et les institutions européennes imposent une due diligence renforcée, une gouvernance claire, un reporting détaillé et des audits indépendants. Les grands cabinets internationaux sont présents sur place. Ces mécanismes réduisent fortement le risque opérationnel et garantissent la traçabilité des capitaux. Les investisseurs peuvent agir de manière efficace, conforme et sécurisée, avec des engagements traçables et un impact mesurable. La reconstruction est déjà une réalité économique. Soutenir l’Ukraine aujourd’hui, c’est conjuguer performance, responsabilité et vision stratégique européenne.