À l’occasion du Forum entreprises Italie-Monaco organisé en Principauté le 13 mars dernier, en présence du Prince Albert II de Monaco, et de l’ambassadrice d’Italie S.E Manuela Ruosi, nous avons interrogé Francesco Grosoli, Administrateur délégué de CMB Monaco, afin de revenir sur la portée de cet événement et sur les perspectives qu’il ouvre en matière de coopération et de développement économique dans un environnement international en mutation.
Monaco offre quelque chose de précieux et de plus en plus rare : la stabilité. Pour un dirigeant italien qui réfléchit à une acquisition à l’étranger, à la restructuration d’une holding ou à une diversification géographique, pouvoir s’appuyer sur un cadre stable n’est pas un détail ; c’est une condition de succès. La Famille Grimaldi est au pouvoir à Monaco depuis 1297 – c’est exceptionnel et cela illustre bien ce que Monaco apporte concrètement : la capacité de structurer des décisions complexes sans subir les à-coups politiques qui perturbent d’autres juridictions.
Oui, clairement, et ce mouvement s’accélère. Ce que j’observe sur le terrain, c’est une double dynamique : des entrepreneurs italiens qui cherchent à sécuriser ce qu’ils ont bâti, et des chefs d’entreprise en phase active de croissance qui veulent une base solide depuis laquelle déployer leur stratégie internationale. Les secteurs les plus actifs ? L’industrie manufacturière haut de gamme, l’immobilier, et tout ce qui touche aux entreprises familiales en phase de transition ou d’expansion. Monaco n’est pas une place de volume, c’est une place de qualité, où l’on vient avec des projets sérieux et des horizons longs.
Ce qui distingue Monaco, ce n’est pas seulement la qualité technique des acteurs, qui est élevée et continue de croître certes, mais c’est la densité et la qualité des interactions. Ici, un dirigeant peut en une journée parler à son banquier, son avocat, un potentiel associé pour un futur projet, et croiser le gestionnaire d’un fonds. Cette proximité crée une fluidité de décision qu’on ne retrouve pas dans des grandes places financières où tout est compartimenté. Pour une entreprise italienne qui s’internationalise, les enjeux sont rarement purement financiers : il y a la gouvernance, la famille, la fiscalité personnelle, les enjeux de transmission. Chez nous, on pense tout ça ensemble, pas en silos.
La demande émane principalement d’entreprises familiales italiennes de taille intermédiaire, souvent très solides dans leur marché domestique et engagées dans une nouvelle phase de développement. Le profil type que je rencontre, c’est un entrepreneur à la tête d’une entreprise familiale qui a bien performé en Italie et qui se pose maintenant des questions stratégiques majeures : comment continuer de grandir sans perdre le contrôle ni diluer l’identité de la maison? Comment préparer la transmission? Ce sont des gens qui, à juste titre, refusent des solutions « clé en main », et qui attendent d’un banquier qu’il comprenne leur business et leurs valeurs avant de leur parler de produits.
Les besoins de structuration financière deviennent de plus en plus sophistiqués. Les entreprises familiales italiennes font face simultanément à plusieurs enjeux : organiser la transmission générationnelle, financer la croissance externe, parfois ouvrir partiellement leur capital, tout en préservant leur identité et leur contrôle. Cela implique des solutions sur mesure, capables de concilier exigences économiques, équilibres familiaux et vision stratégique. On observe une demande croissante pour des structures flexibles, évolutives, permettant d’anticiper plutôt que de subir les transitions. Ces enjeux requièrent des réponses intégrées, qui mêlent droit, finance et intelligence des dynamiques familiales. C’est précisément dans cet espace que Monaco excelle, et que nous, en tant que banque privée, avons un rôle central à jouer.