Directeur Général de Barclays Private Bank Monaco après avoir occupé la fonction de responsable de la gestion privée, Olivier Franceschelli incarne la nouvelle étape de développement d’un établissement solidement ancré en Principauté depuis plus de 100 ans et aujourd’hui engagé dans une profonde mutation.
Je suis arrivé en Principauté en novembre 2001, après des expériences à Milan puis à Londres au sein d’une grande banque française. J’ai développé mon expertise des marchés financiers et des produits dérivés au sein de plusieurs établissements internationaux. J’ai rejoint Barclays Monaco il y a cinq ans et demi, en période Covid en tant que responsable de la gestion privée. Je suis à ce jour directeur général de la banque.
Un tournant majeur s’est opéré il y a deux ans avec l’arrivée de Sasha Wiggins à la tête des activités de Banque privée et Wealth Management. Cette réorganisation a instauré une distinction entre activités domestiques et internationales. Les directeurs généraux, de Genève à Dubaï en passant par Zurich, l’Inde, Monaco et tout récemment Singapour, sont désormais réunis sous la responsabilité d’Annabelle Bryde, en charge de l’activité « Private Bank International ». Ce lien direct est une condition essentielle pour accompagner au mieux une clientèle internationale résidente monégasque, sensible à notre statut de banque anglo-saxonne présente à Monaco.
Cette clientèle réside à Monaco, mais souvent leurs enfants poursuivent des études dans un autre pays, ils détiennent des actifs ou une entreprise dans une autre juridiction. Notre réseau international nous permet précisément de les relier à l’ensemble de l’univers Barclays. En tant que principal prêteur de la place nous occupons une position de premier plan en matière de crédit dans la Principauté. Au-delà du crédit, notre ambition, conformément à la stratégie portée par Sasha Wiggins, est de devenir un véritable partenaire d’investissement pour nos clients et leurs enfants.
Nous souhaitons faire de Monaco un point d’accès vers l’ensemble du Groupe. Nous disposons d’une banque d’investissement reconnue, au Royaume-Uni bien sûr, mais aussi aux États-Unis, à Singapour et en Inde. Localement, une trentaine de spécialistes couvrent les sujets relatifs aux solutions de trésorerie, au crédit et aux solutions d’investissements (y compris le Private Equity). Nous proposons, depuis Monaco, une approche véritablement globale de la gestion patrimoniale — investissement, philanthropie, transmission — en nous appuyant sur des experts dédiés plutôt que sur une simple gestion de portefeuille.
De facto, oui : nous sommes une porte d’entrée, mais aussi un point de contact pour d’autres implantations. Nous l’avons constaté récemment avec des clients ayant souhaité, pour des raisons géopolitiques, quitter leur pays de façon temporaire ou permanente. L’objectif étant que le client se sente chez lui partout, qu’il soit à Londres, Dubaï ou Singapour, avec le même niveau de service et la même reconnaissance. Nous cherchons à simplifier nos process d’ouverture de relation, afin que le client soit identifié dans l’ensemble de nos filiales. Bien sûr sous réserve de l’accord explicite du client pour le partage de ses données. La confidentialité des données est l’une de nos priorités.
Effectivement. La réunification des activités de Banque privée et de Wealth Management a nécessité un effort considérable d’harmonisation informatique, ces deux entités ayant longtemps fonctionné avec des systèmes distincts. Nous avons engagé des plans à trois ans centrés sur cette convergence technologique. Par ailleurs, la rénovation complète de nos bureaux monégasques nous permet de bénéficier aujourd’hui de locaux plus adaptés à la réception de nos clients et au bien-être de nos collaborateurs.
Nous opérons dans un environnement où le secret bancaire constitue un pilier fondamental de la relation de confiance avec nos clients. Cela implique une vigilance absolue dans la gestion, le traitement et la transmission de toute information sensible. Nous utilisons donc l’intelligence artificielle dans la stricte limite de ce que permettent la réglementation monégasque et nos standards internes. Cela dit, cette technologie va indéniablement limiter les tâches répétitives et réduire le risque d’erreur humaine. Barclays encourage fortement la montée en compétence de ses employés sur ces sujets — comprendre l’outil avant de l’utiliser, plutôt que l’inverse — via de nombreux modules de formation adaptés à chaque juridiction. Selon moi, l’intelligence artificielle transformera sans doute davantage la banque de détail que la banque privée, où la relation client demeure fondamentale.
Nous avons été pionniers, à Monaco comme au niveau du groupe, sur les placements privés. Notre clientèle, internationale et sophistiquée, se montre particulièrement intéressée par cette classe d’actifs. Nous proposons naturellement des mandats de gestion et du conseil, mais c’est bien vers le private equity et les placements privés que se concentrent aujourd’hui l’essentiel des demandes et l’attention de nos clients. L’appétence au risque varie autant que les profils eux-mêmes, mais certains privilégient le private equity, actif pourtant peu liquide, car il fait écho à la manière dont ils ont eux-mêmes bâti leur fortune. Ce que nous cherchons systématiquement à transmettre à nos clients, c’est l’importance de la diversification, qui demeure la meilleure défense pour construire un portefeuille résilient.
Là encore, la diversification prévaut. Mais depuis 2001, nous constatons une évolution nette : les familles s’installent à Monaco de plus en plus tôt, alors qu’auparavant elles arrivaient en fin de constitution de leur fortune, une fois leur activité professionnelle achevée, et n’engageaient la réflexion sur la transmission que tardivement. Aujourd’hui, ces questions — comment transmettre, dans quelle structure loger ses actifs — sont abordées bien plus en amont. Notre positionnement international nous impose d’être prêts à répondre à toutes les configurations possibles.
Nous disposons de spécialistes dédiés à la philanthropie et organisons chaque année des rencontres destinées à sensibiliser nos clients sur ces sujets. Certains d’entre eux sont très engagés aux côtés du Gouvernement princier, et nous les accompagnons sur différentes initiatives. Notre rôle est de proposer une vision d’ensemble des solutions existantes et de laisser chacun s’en saisir selon son degré d’intérêt. C’est précisément la spécificité de la banque privée : mettre le bon spécialiste — philanthropie, structuration patrimoniale, private equity — en face du bon client, au bon moment.
Nos effectifs demeurent stables, entre 230 et 250 collaborateurs, mais nous menons un programme de recrutement actif, conjuguant promotion interne et recrutement de talents externes. Le métier de banquier privé évolue profondément : nous avons besoin de toujours plus de spécialistes. Le nombre de banquiers et spécialistes en contact direct avec nos clients a triplé en six ans. La relation ne repose plus sur le seul binôme banquier-client, mais sur une véritable équipe : le banquier, désormais chef d’orchestre, s’entoure d’un spécialiste crédit, d’un spécialiste investissement, d’un spécialiste private equity, d’un spécialiste banking et d’un spécialiste d’entrée en relation — reflet direct de la complexité croissante des structures patrimoniales de nos clients.
Cette année, nous avons initié au niveau du groupe un partenariat de sponsoring avec la prestigieuse écurie de Formule 1 Williams, à l’image de notre clientèle privée et déjà couronné d’un succès remarquable à Monaco. Nous avons également inauguré nos bureaux entièrement rénovés, honorés de la présence de Son Altesse Sérénissime le Prince Souverain et du Directeur Général de Barclays, Monsieur CS Venkatakrishnan. Barclays est présente à Monaco depuis plus de cent ans et, à chaque étape clé de notre histoire, nous avons pu compter sur le soutien du Souverain et du Gouvernement — un accompagnement auquel nos clients sont très sensibles et qui confère à notre présence ici une légitimité précieuse.