50 and de CMB
04
octobre
2026
Expertises et Solutions

CMB MONACO · 1976 – 2026 CINQUANTE ANS D’AVANCE

Face aux journalistes, deux voix complémentaires : celle de Jean-Luc Biamonti, Président du Conseil d’administration depuis avril dernier, et celle de Francesco Grosoli, CEO depuis 2019. Les deux dirigeants ont dessiné le portrait d’une Maison qui aborde son second demi-siècle avec ambition et confiance.

Une banque de Monaco, pour Monaco

L’histoire de CMB Monaco s’ouvre sur une singularité que Francesco Grosoli aime à rappeler : elle est la seule banque de la place à avoir été créée de toutes pièces en Principauté. Constituée au printemps 1976, la banque, alors nommée Compagnie Monégasque de Banque, est entrée en activité le 1er octobre de la même année, à l’initiative d’actionnaires – au premier rang desquels la Banca Commerciale Italiana – résolus à doter Monaco d’un établissement à l’ADN profondément monégasque.

Ses premières décennies sont celles d’une banque généraliste au service de l’économie locale : financement, accompagnement de sociétés, des familles, des entrepreneurs et de l’État. Le tournant intervient en 1996, lorsque la direction de l’époque fait de la banque privée son cœur de métier ; d’autres établissements emboîteront le pas. Francesco Grosoli restitue le contexte : dans les années 1980, la montée en gamme de la place s’est nettement accélérée, en parallèle de l’arrivée de nouveaux arrivants choisissant Monaco pour sa qualité de vie et son haut niveau de sécurité. Dès 2006, CMB obtenait une notation de A+ de Standard & Poor’s.

En 2020, la Compagnie Monégasque de Banque devient CMB Monaco. « Prononcer « Compagnie Monégasque de Banque » n’était pas chose aisée pour un interlocuteur anglo-saxon », sourit le CEO. La banque a donc consacré le sigle que chacun employait déjà, en y adjoignant le nom de la Principauté. L’intuition s’est révélée juste : lors de l’Abu Dhabi Finance Week, en décembre dernier, Francesco Grosoli a pu le vérifier. « Dès que Monaco apparaissait dans la conversation, l’approche changeait du tout au tout. La marque est extrêmement puissante. » D’où la volonté assumée de mobiliser toujours davantage cet ADN, inscrit dans l’histoire de la maison comme dans son nom.

L’avantage décisif de décider ici

Arrivé à la présidence en avril, Jean-Luc Biamonti s’est d’abord attaché à s’imprégner de la maison : rencontres avec l’ensemble du comité de direction et avec de nombreux collaborateurs. Rompu à l’univers international, il ne s’attendait pas à découvrir un établissement d’un tel niveau ; il y a trouvé « une très grande technicité ». « J’ai été surpris par la qualité des équipes, individuellement, et par la qualité de leur travail collectif. » S’y ajoutent, selon lui, un sens aigu du client et du sur-mesure, et une grande rapidité de décision.

Le Président en décrit la mécanique : qu’il s’agisse de gestion et plus encore de crédit, l’étude d’un dossier est conduite à Monaco, par des équipes qui connaissent le pays et son environnement. La position – favorable ou non – est arrêtée promptement et communiquée sans délai au client. Il attribue ce niveau d’exigence à l’équipe constituée par Francesco Grosoli depuis son arrivée.

Le CEO prolonge l’analyse sous l’angle de l’investissement. La proximité des centres de décision permet à CMB Monaco d’engager particulièrement rapidement les investissements que sa clientèle exige.

Trois capitaux et un bilan

CMB Monaco compte aujourd’hui 275 collaborateurs répartis sur quatre sites et gère un peu plus de 20 milliards d’euros d’actifs, ce qui en fait l’un des acteurs de référence de la Principauté. « Ce qui m’intéresse vraiment c’est la qualité, l’excellence », précise Francesco Grosoli. « Dans ce métier, on ne gagne que si l’on comprend le client, qu’on l’écoute et qu’on avance ensemble. »

La banque s’adosse à un bilan historiquement très solide et à des fonds propres de plusieurs centaines de millions d’euros, gages de « tranquillité et sérénité » pour la clientèle. Depuis 2019, la trajectoire est nette : les actifs ont approximativement doublé, les revenus également, et les bénéfices ont suivi. Mais le CEO insiste davantage sur la transformation de fond : stratégie, services, produits et, plus récemment, technologie – « le point le plus important aujourd’hui, dans n’importe quel métier ».

Francesco Grosoli lit le secteur bancaire à travers trois formes de capital. Le capital financier, d’abord, indispensable à toute banque. Le capital technologique, ensuite, dans lequel CMB a beaucoup investi. Le capital humain, enfin, « tout simplement le plus important » : « Si l’on ne s’en occupe pas, si les équipes ne travaillent pas bien ensemble, c’est la recette de l’échec. »

L’intelligence artificielle, impératif stratégique

Un socle technologique sans équivalent

Si la transformation de CMB Monaco a porté sur tous les fronts, les deux ou trois dernières années ont été résolument consacrées à la technologie. La banque a remplacé son système cœur – là où résident l’ensemble des données clients et des opérations – au profit d’Avaloq, intégré à Aladdin Wealth, la plateforme de gestion de BlackRock. CMB Monaco est ainsi devenue, en 2025, la première banque à opérer en production sur cette plateforme intégrée, et la première banque européenne à déployer sa fonctionnalité d’Auto Commentary fondée sur l’IA générative. Autour de ce socle ont été greffés des outils de premier plan : Salesforce pour la relation client, ou encore une messagerie sécurisée pour échanger avec la clientèle. Au cours de l’année écoulée, l’architecture a été entièrement restructurée afin de rendre les données accessibles plus aisément et plus rapidement.

Une clientèle qui évolue

L’urgence tient d’abord à la démographie patrimoniale. Au cours des vingt prochaines années, quelque 80 000 milliards de dollars d’actifs changeront de génération, selon les estimations du secteur. Or les héritiers « ne voudront pas interagir avec les banques privées comme leurs parents ». Ce que les néobanques ont fait à la banque de détail, ce que le commerce en ligne a fait à la distribution, gagne désormais la banque privée : les clients, jeunes ou moins jeunes, attendent une relation plus technologique, en temps réel.

L’intelligence artificielle a encore rebattu les cartes. Depuis six à neuf mois, relève Francesco Grosoli, sa diffusion est devenue fulgurante, bouleversant l’accès à l’information. Il en donne une illustration saisissante : certains clients viennent désormais rencontrer leurs banquiers après avoir utilisé des outils d’intelligence artificielle pour analyser leur portefeuille…

La conclusion est sans appel : les acteurs qui ne négocieront pas ce virage avec détermination « vont se perdre ». C’est, aux yeux du CEO, la préoccupation majeure de la profession. Il aime comparer la banque privée à l’industrie du luxe : les clients sont les mêmes, mais le luxe a fixé des standards de service et de traitement que la banque doit désormais s’approprier.

Orchestrer les agents : la feuille de route à dix-huit mois

Les douze à dix-huit prochains mois seront consacrés au déploiement de l’intelligence artificielle. La difficulté est moins technique qu’architecturale : chaque logiciel embarque désormais sa propre IA, et tout l’enjeu consiste à faire travailler ces agents de concert, au service d’un objectif unique – une interaction client et une coordination entre les services qui offrent une qualité, mais aussi une différence, perceptibles. L’autre défi, peut-être le plus important, est celui de l’adoption par les collaborateurs eux-mêmes.

Les bénéfices sont déjà tangibles : « On fait les choses plus vite, mieux, et surtout on consacre le temps des collaborateurs là où se trouve la valeur ajoutée, pour la banque et d’abord pour les clients. »

Jean-Luc Biamonti résume : CMB Monaco a pu s’engager aussi rapidement dans l’adoption de la technologie, parce que la décision a été prise et exécutée vite, à Monaco. L’intelligence artificielle fera, selon Francesco Grosoli « des surhommes et des surfemmes », et il forme le vœu que les gouvernements européens comprennent la nécessité de l’enseigner dès l’école. « La société va complètement changer. C’est là que nous allons. Et si l’on freine des quatre fers, ce sera plus compliqué. »

Cybersécurité : la vigilance comme culture

Interrogé sur la sécurité des données, Francesco Grosoli ne cède à aucune complaisance : « la cybersécurité est une préoccupation constante de toute l’industrie ». La banque a déployé des moyens importants, dont un centre opérationnel de sécurité qui analyse quotidiennement les menaces et y répond.  

La vigilance passe aussi par l’utilisateur, car nombre d’incidents naissent d’un instant d’inattention face à un hameçonnage. CMB Monaco estime avoir une « responsabilité pédagogique », et s’emploie à sensibiliser sa clientèle.

Face à une criminalité organisée « très sophistiquée », la banque travaille en continu aux parades contre les nouvelles techniques de fraude, notamment celles qui s’appuient sur l’intelligence artificielle, telles que le clonage vocal.

Le capital humain, premier des capitaux

De cette révolution technologique, CMB Monaco a tiré une signature : Human Digital Bank. L’ordre des mots n’est pas anodin. L’humain vient en premier, et doit le rester. « Avoir quelqu’un en face de soi quand survient un problème, ce n’est pas la même chose que de devoir le résoudre avec un chatbot qui répond de façon standardisée. » Pour la clientèle, la proximité humaine demeure irremplaçable.

La transformation des équipes a d’abord été qualitative. À la faveur du renouvellement générationnel, la banque a recruté de nombreux jeunes diplômés, souvent issus de l’International University of Monaco, titulaires de certifications exigeantes en conseil en investissement, et qui grandissent aux côtés de collaborateurs plus expérimentés. Chaque nouvel arrivant est accompagné par un référent chargé de faciliter son intégration dans un réseau de quatre sites. La banque valorise le mérite et encourage l’accès précoce à des responsabilités d’encadrement.

La parité fait aussi partie de l’identité de la maison. Les femmes représentent environ la moitié des effectifs et, surtout, la parité est parfaite au sein du comité de direction, à l’exception du CEO lui-même – une configuration rare dans la finance, où la représentation féminine s’amenuise à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie. La banque a par ailleurs obtenu, il y a deux mois, une certification indépendante en matière d’égalité salariale entre femmes et hommes (Fair-On-Pay).

Reste l’essentiel, que le CEO qualifie d’« esprit de gagner ensemble ». Il résume : « quand le travail d’équipe prime, on fait les choses mieux, plus vite, et surtout dans l’intérêt des clients.»

Monaco, refuge et carrefour

Interrogé sur l’évolution de la clientèle, Francesco Grosoli rappelle que Monaco s’est construite sur sa stabilité, sa sécurité et son ouverture, qui attirent depuis toujours des personnes d’horizons multiples. Autant de flux de personnes venues chercher en Principauté un refuge temporaire, « où le temporaire devient permanent ».  Il voit aujourd’hui une opportunité dans le dialogue avec le Moyen-Orient, dont l’ouverture internationale et l’esprit d’entreprise résonnent avec l’ADN monégasque.

On évoque volontiers la richesse de Monaco ; on oublie, souligne le CEO, la richesse intellectuelle concentrée sur deux kilomètres carrés : entrepreneurs, scientifiques, personnalités d’horizons multiples, dans un environnement profondément multiculturel. Quelque 20 000 millionnaires y résident sans nécessairement se connaître. Faire vivre ce tissu d’échanges est, peut-être, la prochaine frontière de la place.

« Cinquante ans, c’est long, mais c’est court »

La formule de Francesco Grosoli résume l’état d’esprit de la maison au seuil de son jubilé. Née d’une volonté d’offrir à Monaco une banque qui lui soit propre, CMB Monaco a su se réinventer à chaque époque – banque généraliste, banque privée, puis banque patrimoniale augmentée par la technologie – sans jamais renoncer à ce qui la définit : décider ici, avec des équipes d’ici, pour des clients d’ici et d’ailleurs. « Nous sommes en train de préparer la banque pour les cinquante prochaines années. » Avec, pour boussole, un ordre des mots désormais gravé dans sa signature : l’humain d’abord, le digital ensuite.

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