Alors que les patrimoines changent de mains, les Millennials, la génération Z et les femmes redéfinissent les décisions d’investissement. Marianna Mamou, Head of Advice Beyond Investing au sein de l’UBS Chief Investment Office, décrypte le rôle des valeurs, du risque, de l’éducation financière et du conseil personnalisé.
En tant que responsable d’Advice Beyond Investing au sein du Chief Investment Office d’UBS Wealth Management, je dirige les travaux de réflexion stratégique sur le conseil patrimonial global. Cela englobe la planification financière, la compréhension des besoins et des préférences des clients, ainsi que l’adéquation de notre offre à ces besoins. Depuis 2017 environ, j’accorde également une attention particulière aux femmes et à la nouvelle génération. Notre cadre d’investissement fondé sur les objectifs et nos recherches ont mis en évidence la manière dont de nombreuses femmes peuvent aborder différemment les décisions et l’information, ainsi que la façon dont une approche ancrée dans les objectifs personnels trouve un écho auprès d’elles, tout en reconnaissant que les besoins et les préférences individuels varient considérablement.
Non. Parallèlement au transfert intergénérationnel, nous devons également prendre en compte le transfert horizontal de patrimoine entre conjoints. Lorsqu’une personne décède, une part importante de son patrimoine est souvent transmise en premier lieu au conjoint survivant. Les femmes ayant tendance à vivre plus longtemps et à avoir des partenaires plus âgés, elles sont davantage susceptibles que les hommes de survivre à leur conjoint et d’hériter de son patrimoine.
Pendant une période significative, elles deviennent ainsi les gestionnaires du patrimoine familial, influençant la manière dont celui-ci est investi avant qu’il ne soit finalement transmis à la génération suivante.
Il faut éviter les généralisations : nous parlons de tendances façonnées par le contexte économique, les expériences vécues et l’influence familiale. Les Millennials, et plus encore la génération Z, ont grandi dans un monde où l’information est immédiatement accessible, notamment grâce à l’intelligence artificielle. Autrefois, la gestion patrimoniale relevait davantage de la sphère privée. Aujourd’hui, réseaux sociaux et influenceurs ont multiplié les discussions, même si les conseils diffusés ne sont pas toujours pertinents. Les jeunes abordent donc plus tôt ces sujets en famille. Sans encore détenir le patrimoine, ils peuvent déjà influencer les décisions de leurs parents.
Les valeurs et les conséquences des choix financiers comptent effectivement pour les jeunes générations, mais je ne dirais pas qu’elles passent nécessairement avant la performance. L’impact constitue plutôt un critère supplémentaire, au même titre que la liquidité, le risque et le rendement. Ces investisseurs veulent comprendre la portée de leurs choix et leur cohérence avec leurs priorités.
Cela va au-delà de l’information : il y a une dimension de connexion et d’échange. Ils souhaitent discuter des idées, obtenir des retours, vérifier la pertinence d’une proposition et comprendre ce qu’elle signifie pour eux. Cela suppose de la transparence et un véritable dialogue, pas seulement l’accès à des données.
Tout dépend de ce que l’on entend par « actif ». Elles ne souhaitent pas nécessairement réaliser elles-mêmes toutes les transactions. En revanche, elles veulent participer, comprendre les arbitrages et donner leur avis. Contrairement à certains préjugés, beaucoup font preuve de discipline dans leur épargne. L’insécurité financière qu’elles ont connue ou observée renforce leur besoin de sécurité et leur volonté d’épargner et d’investir.
Pas nécessairement. Leur prudence concerne davantage le fait d’épargner et d’investir régulièrement que d’éviter les risques liés à l’investissement. Ils peuvent être davantage disposés à prendre des risques et ont tendance à avoir des attentes plus élevées en matière de rendement et de risque. Leur horizon d’investissement plus long, compte tenu de leur âge, leur confère une plus grande capacité à accepter la volatilité. La discipline financière et la volonté de prendre des risques en matière d’investissement peuvent coexister.
Les outils numériques et la connectivité comptent, mais avant tout, bâtir un plan financier adapté à chaque personne est impératif. Le conseiller doit expliquer pourquoi une idée est pertinente, savoir apporter de l’éducation financière et déterminer si de nouveaux outils ou de nouvelles opportunités sont réellement utiles. L’accès à des investissements appropriés, y compris sur les marchés privés, est important. Certes, les réseaux et les communautés prennent de l’ampleur auprès des jeunes clients. Mais la proposition de valeur de demain ne se résume pas à un produit : elle repose sur un conseil global.
Oui. Le conseil consiste à comprendre les objectifs des clients et la manière dont ils prennent leurs décisions. Il arrive que certaines personnes prennent des décisions qui peuvent aller à l’encontre de leurs intérêts à long terme. Le conseiller doit les aider à prendre du recul, en associant planification financière, éducation financière, comportements et accès à des opportunités adaptées.
Les jeunes femmes affichent une plus grande confiance en matière d’investissement et commencent à investir plus tôt que les générations précédentes de femmes, même si des écarts subsistent. Il est intéressant de constater que leur approche conserve certaines similitudes avec celle des générations de femmes plus âgées : l’importance accordée à l’investissement en vue d’atteindre des objectifs, à la prise de décision dans le cadre d’un plan et à la prise en compte du risque. Je trouve cette approche judicieuse et elle correspond à ma propre manière d’investir.
L’accès aux opportunités et la connectivité ont peu de valeur si l’on ne comprend pas la situation, les préférences et les mécanismes de décision du client. Les catégories générationnelles aident à repérer des tendances : avoir grandi en période de prospérité ou de crise peut modifier le rapport au risque. Mais elles ne remplacent jamais la connaissance de l’individu. L’enjeu consiste à transformer cette compréhension en conseil véritablement personnalisé.