À l’occasion du Fund Forum International 2026, l’un des plus grands rendez-vous mondiaux de la gestion d’actifs, Amaury Chaboud, Secrétaire général de l’AMAF, a réuni un panel de trois dirigeants de la Place financière monégasque : Sérène El Masri, CEO d’UBP Monaco, Bernard Aybran, CEO de CMG Monaco, et Stéphane Desvernay, CIO de Monterra Wealth Management.
Sérène El Masri : Effectivement. Deux ans après son placement sous surveillance renforcée, Monaco a franchi une étape majeure. Le GAFI a considéré que la Principauté avait largement achevé la mise en œuvre du plan d’action adopté en juin 2024. Aucune mesure n’est désormais en suspens. Une visite des évaluateurs est attendue prochainement, étape généralement considérée comme préalable à une sortie de la liste grise.
Cette reconnaissance est le résultat d’un effort collectif remarquable associant le Gouvernement, le Conseil National, l’AMSF, les autorités judiciaires, les professions réglementées et l’ensemble des institutions financières. Monaco est même en avance dans la mise en œuvre de la sixième directive européenne de lutte contre le blanchiment. Cela démontre la capacité de la Principauté à se mobiliser rapidement pour répondre aux standards internationaux les plus exigeants.
Stéphane Desvernay : Monaco demeure un cas unique. Sur seulement deux kilomètres carrés vivent plus de 38 000 résidents représentant plus de 140 nationalités. Le PIB par habitant atteint environ 270 000 euros, l’État n’a aucune dette publique et les recettes annuelles dépassent deux milliards d’euros. Au-delà des chiffres, c’est surtout la continuité institutionnelle qui impressionne. Plus de 700 ans d’histoire ininterrompue ont permis de bâtir un environnement stable, prévisible et sécurisé. Ces éléments constituent aujourd’hui un puissant facteur d’attractivité pour les entrepreneurs internationaux et les grandes familles patrimoniales.
Bernard Aybran : La dynamique reste particulièrement solide. À fin 2025, Monaco comptait près de 100 établissements financiers agréés, dont 74 sociétés de gestion. Les 24 banques présentes en Principauté administraient près de 183 milliards d’euros d’actifs, tandis que les encours de crédits dépassaient 31 milliards d’euros.
Cette croissance reflète l’attractivité de la Place mais aussi sa capacité à enrichir continuellement son offre. Les expertises se développent notamment dans la gestion de fonds de droit étranger, y compris les hedge funds. D’autres activités B2B, comme le courtage, connaissent également un développement soutenu. Nous observons parallèlement une progression continue de la clientèle la plus fortunée, qui contribue fortement à la hausse globale des actifs sous gestion.
Sérène El Masri : Ce qui caractérise Monaco, c’est l’alliance entre qualité de vie, stabilité et ouverture internationale. La population qui s’installe aujourd’hui en Principauté évolue. Aux côtés des résidents historiques, nous accueillons de plus en plus d’entrepreneurs ayant déjà connu le succès dans leur pays d’origine et souhaitant poursuivre leurs activités depuis Monaco. L’écosystème monégasque favorise naturellement les échanges et les opportunités. Un exemple amusant est celui du Grand Prix de Monaco : plus de la moitié des pilotes de Formule 1 résident aujourd’hui en Principauté. Cela illustre parfaitement l’attractivité internationale du territoire.
Stéphane Desvernay : La clientèle est plus jeune, plus internationale et souvent encore très active professionnellement. Ses besoins se sont considérablement sophistiqués. Elle recherche des solutions moins corrélées aux marchés traditionnels et s’intéresse davantage aux actifs alternatifs. Le private equity constitue aujourd’hui une tendance majeure et peut représenter jusqu’à 20 % de certains portefeuilles selon les profils de risque. Nous observons également un retour marqué des hedge funds ainsi qu’un intérêt croissant pour les produits structurés, qui offrent des solutions de diversification adaptées aux environnements de marché plus complexes.
Bernard Aybran : Deux transformations majeures sont à l’œuvre. La première concerne les produits. De plus en plus d’établissements gèrent localement des fonds, qu’ils soient de droit monégasque ou étranger. Cette évolution touche désormais l’ensemble du marché. La seconde concerne l’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus internes. Les établissements investissent massivement dans la digitalisation afin d’améliorer l’expérience client, l’efficacité opérationnelle et la sécurité.
Sérène El Masri : L’IA intervient déjà dans de nombreux domaines. Les procédures de connaissance client deviennent plus fluides grâce aux solutions de « Smart KYC ». Les analyses de risque crédit sont également optimisées grâce aux systèmes automatisés de scoring. Cela permet d’accélérer certaines décisions tout en maintenant un niveau d’exigence élevé. Nous assistons au début d’une véritable révolution dans l’utilisation des données. Les banques et les sociétés de gestion accordent une attention particulière à ces sujets. MonacoTech joue également un rôle essentiel en accompagnant les fintechs et en favorisant l’innovation au sein de l’écosystème financier monégasque.
Serene El Masri : En raison de la stabilité de ses institutions, Monaco est souvent reconnue comme une Place refuge. La Place intéresse les ressortissants de pays en conflit, tout comme, pour d’autres raisons, certains gérants de fortune ou intermédiaires du Royaume Uni.
Stéphane Desvernay : La proximité. Sur un territoire de deux kilomètres carrés, les clients, les banques, les sociétés de gestion et les autorités interagissent quotidiennement. Cette proximité favorise la rapidité des décisions, la personnalisation des solutions et un dialogue permanent entre les acteurs publics et privés.
Bernard Aybran : Cette proximité se traduit aussi dans la relation client. À Monaco, il n’est pas rare de rencontrer un client important un jour férié si la situation l’exige. Cette disponibilité fait partie de l’ADN de la Place.