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24
juin
2026
Promotion de la place

Monaco : « La force de la Place financière réside dans sa capacité à avancer ensemble »

À l’occasion des Cercles de L’AGEFI, organisés au Méridien Beach Plaza, Ludivine Garnaud, rédactrice en chef des événements de L’AGEFI, a interrogé Robert Laure, président de l’Association Monégasque des Activités Financières (AMAF), et Magali Vercesi, secrétaire générale de la Commission de Contrôle des Activités Financières (CCAF). Devant les professionnels de la Place, l’une des principales singularités de Monaco a été mise en avant: une coopération étroite entre autorités et acteurs privés, qui a permis à la Principauté de franchir avec succès les différentes étapes de son adaptation aux standards internationaux.

Les dernières années ont été particulièrement intenses pour la Place financière monégasque. Quel regard portez-vous sur le travail accompli, concernant la sortie de la liste grise ?

Robert Laure :

Il faut souligner combien la période que nous venons de traverser a été exceptionnelle par l’ampleur du travail accompli. Les autorités, le Gouvernement, le Conseil National, les autorités administratives indépendantes et les professionnels ont avancé ensemble. Cette mobilisation collective a permis d’obtenir des résultats salués par les instances internationales. Lors de la précédente réunion du GAFI, les progrès réalisés avaient été reconnus. Restait le volet des sanctions administratives et pénales, qui faisait encore l’objet d’un examen spécifique. Cette dynamique illustre parfaitement la capacité de Monaco à agir rapidement et collectivement lorsque les enjeux sont majeurs.

Magali Vercesi :

La CCAF n’est pas directement compétente sur le sujet, mais nous avons naturellement participé à l’effort général au travers des échanges et de la coopération avec les autres autorités. Plus largement, nous observons une tendance forte au renforcement des coopérations entre régulateurs, aussi bien sur le plan national qu’international. Les accords de coopération se multiplient et favorisent une meilleure circulation de l’information. Cette capacité à travailler ensemble constitue un élément fondamental de l’efficacité des dispositifs de supervision.

« L’AMAF est un acteur essentiel du dialogue entre les professionnels et les autorités »

Quel rôle joue aujourd’hui l’AMAF dans l’écosystème monégasque ?

Robert Laure :

L’AMAF réunit l’ensemble des banques et sociétés de gestion agréées par la CCAF. Cette représentativité constitue une force particulière puisque tous les acteurs de la Place sont rassemblés au sein d’une même organisation professionnelle. Notre mission est naturellement de représenter les intérêts de nos membres et d’être associés aux évolutions réglementaires et législatives. Nous participons activement aux réflexions menées sur les textes et les réformes qui concernent la Place financière.

Mais l’AMAF joue également un rôle plus large : celui de fédérateur. Nous attachons une grande importance aux échanges entre les établissements. Dans un environnement où chacun est absorbé par ses propres contraintes, il est essentiel de créer du lien, de favoriser les rencontres et de permettre le partage d’expériences. Cette dimension humaine contribue à enrichir les réflexions et renforce la cohésion de l’ensemble du secteur.

La Place continue-t-elle d’attirer de nouveaux acteurs ?

Magali Vercesi :

Oui. En 2025, six nouveaux établissements ont été agréés. Fait notable, ils présentent des profils variés. Certaines structures sont spécialisées dans la gestion discrétionnaire traditionnelle tandis que d’autres interviennent dans la gestion de fonds étrangers, activité dont le développement est marqué depuis deux ans. Cette diversification est particulièrement intéressante car elle enrichit l’écosystème financier monégasque et favorise la confrontation de pratiques et d’expériences différentes.

Robert Laure :

Cette diversité constitue une véritable richesse. Plus les profils sont variés, plus les échanges entre professionnels sont fructueux. C’est également un facteur supplémentaire d’attractivité.

Les actifs numériques font-ils désormais partie du paysage ?

Magali Vercesi :

Il serait illusoire d’ignorer leur développement. Une réglementation européenne existe déjà et Monaco travaille à adapter son cadre juridique. L’objectif n’est pas de rester à l’écart de ces évolutions mais au contraire d’encadrer ces activités dans des conditions conformes aux standards internationaux.

Robert Laure :

Monaco a d’ailleurs été précurseur sur plusieurs aspects. Mais la Principauté s’inscrit dans un environnement européen plus large et les évolutions législatives et réglementaires doivent naturellement être cohérentes avec les accords internationaux.

« La finance durable devient une composante structurelle »

La finance durable et l’économie bleue prennent-elles une place croissante ?

Robert Laure :

Très clairement. Les établissements financiers intègrent désormais ces dimensions dans leurs processus d’analyse et dans leurs politiques d’investissement. Les critères environnementaux influencent progressivement les mécanismes d’octroi du crédit et les modèles d’évaluation des risques. L’économie bleue, portée de longue date par S.A.S. le Prince Albert II, ne relève plus uniquement d’une démarche philanthropique. Elle s’inscrit désormais dans une logique économique durable. Nous voyons apparaître de plus en plus d’acteurs qui s’intéressent à ces sujets. Les phénomènes de mode existent, mais la transformation de fond est réelle.

La reconnaissance internationale des régulateurs est-elle devenue un élément stratégique ?

Magali Vercesi :

Absolument. L’adhésion aux organisations internationales et les accords de coopération que nous signons renforcent la visibilité de la Principauté et permettent à la CCAF de participer aux réflexions internationales. Cette reconnaissance facilite également les échanges avec les autres autorités de supervision et contribue à l’intégration de Monaco dans les standards mondiaux. Pour les établissements internationaux qui souhaitent s’implanter ici, savoir que leur régulateur local peut dialoguer efficacement avec leurs superviseurs d’origine constitue un élément essentiel de confiance.

Quels sont les principaux projets de modernisation en cours ?

Magali Vercesi :

Nous travaillons actuellement sur l’amélioration de nos outils et de nos bases de données afin de fluidifier les échanges avec les établissements agréés. Une plateforme dédiée est également en préparation. L’intelligence artificielle ouvre des perspectives extrêmement intéressantes. Elle permettra d’accélérer le traitement des données, de renforcer les capacités d’analyse et d’améliorer la qualité du contrôle grâce à une supervision plus réactive et davantage en temps réel.

Quelles seront les grandes priorités des années à venir ?

Robert Laure :

L’objectif immédiat est naturellement d’accompagner les autorités dans les prochaines étapes internationales. Mais la sortie des listes n’est pas une fin en soi. Le véritable enjeu consiste à inscrire dans la durée tous les progrès accomplis. Il faut maintenir le niveau d’exigence atteint et poursuivre les efforts. La prochaine étape sera la préparation de la nouvelle Évaluation Nationale des Risques, qui mobilisera à nouveau l’ensemble des acteurs publics et privés. La conformité est un processus permanent. Une fois un objectif atteint, il faut déjà préparer le suivant.

Magali Vercesi :

Notre ambition est de demeurer un régulateur de proximité, à l’écoute des établissements. La taille de Monaco offre une capacité d’adaptation et une agilité particulières. Les textes doivent naturellement répondre aux standards internationaux, mais ils doivent également être cohérents avec les réalités économiques de la Principauté. Le dialogue permanent avec l’AMAF est à cet égard essentiel. Cette organisation représente l’ensemble des acteurs de la Place et constitue un interlocuteur de grande qualité.

Robert Laure :

L’AMAF, ce sont avant tout les professionnels qui, au sein des commissions et groupes de travail, consacrent du temps à l’intérêt collectif. C’est un travail quotidien souvent discret, mais absolument fondamental. La qualité du dialogue entre les autorités, le régulateur et les établissements constitue l’une des grandes forces de Monaco.

Une Place financière fondée sur la confiance

Au-delà des sujets réglementaires, technologiques ou internationaux, les échanges organisés dans le cadre des Cercles de L’AGEFI ont surtout mis en lumière ce qui fait aujourd’hui la singularité de la Place financière monégasque : une coopération étroite entre secteur public et secteur privé, une technicité reconnue, une capacité d’adaptation rapide et une stabilité institutionnelle qui continuent de nourrir sa compétitivité.

Pour Robert Laure comme pour Magali Vercesi, ces atouts constituent les meilleurs garants du développement futur de la Place et de son attractivité auprès des grands acteurs internationaux.

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