Animée par Stéphanie Roy, journaliste à L’AGEFI, cette table ronde consacrée aux produits structurés a réuni Jérémy Bellaïche, Global Head of Structured Products d‘UBP SA, Marie-Hélène Royet, Portfolio Manager chez Andbank Monaco, Stefano Torti, Head of Asset Management & Advisory chez Moncrief Private Bank Monaco, ainsi que Dominique d’Arrentières, Business Solution Manager d’ERI Bancaire Paris. Les échanges ont mis en évidence la place croissante qu’occupent ces instruments dans les allocations des clients privés. Loin des idées reçues, les intervenants ont insisté sur leur rôle de véritables outils de construction de portefeuille, à condition qu’ils soient parfaitement compris et adaptés au profil des investisseurs.
Longtemps considérés comme des produits complexes réservés à une clientèle avertie, les produits structurés se sont progressivement imposés comme des instruments de diversification à part entière.Pour Marie-Hélène Royet, leur poids dans les portefeuilles reste très variable selon les profils. Certains investisseurs n’y ont jamais recours, tandis que d’autres leur consacrent jusqu’à la moitié de leurs avoirs financiers.« Le produit structuré n’est pas un investissement cœur de portefeuille. C’est une solution satellite qui offre un profil asymétrique », rappelle Stéfano Torti.
Chez Andbank, leur part représente généralement entre 5 % et 15 % des allocations discrétionnaires, sans qu’aucun objectif commercial ne soit fixé. Tout dépend du contexte de marché, des opportunités disponibles et des besoins du client. Stefano Torti partage cette approche. Pour Moncrief Private Bank, les produits structurés constituent avant tout un outil au service de la gestion, et non une classe d’actifs autonome.
À la tête des activités produits structurés d’UBP, Jérémy Bellaïche a insisté sur l’évolution profonde de cette famille d’investissements.« Nous ne considérons pas les produits structurés comme une classe d’actifs, mais comme une boîte à outils », explique-t-il.Selon lui, un produit structuré peut être utilisé comme une alternative aux obligations, aux actions ou même à certaines stratégies alternatives. Tout dépend de sa construction et des objectifs recherchés. Cette flexibilité explique l’intérêt croissant des investisseurs. Chez UBP, certains clients n’en détiennent pas, tandis que d’autres bâtissent une grande partie de leurs allocations autour de ces solutions. Le responsable d’UBP souligne également que l’industrie a profondément évolué depuis les crises du passé.« Il y a eu une véritable révolution dans la manière de construire et de présenter les produits », observe-t-il.
Les banques d’investissement disposent désormais d’outils de valorisation sophistiqués, les marchés secondaires sont plus efficients et les équipes spécialisées ont considérablement renforcé leurs compétences.
L’un des principaux attraits des produits structurés réside dans leur capacité à proposer des profils de rendement asymétriques. Marie-Hélène Royet insiste sur cette dimension essentielle. Les investisseurs privés apprécient la possibilité de connaître dès l’origine les différents scénarios possibles : rendement potentiel, niveau de protection et risques encourus.« Les règles du jeu sont connues dès le départ », souligne-t-elle.
Cette visibilité apporte un confort psychologique important à certains clients, qui préfèrent disposer d’un cadre précis plutôt que d’être totalement exposés aux fluctuations des marchés.Stefano Torti observe lui aussi que cette prévisibilité constitue l’un des grands atouts de ces solutions dans des environnements plus incertains.
Tous les intervenants ont insisté sur la nécessité d’expliquer précisément les mécanismes des produits structurés. Pour Marie-Hélène Royet, la formation et l’accompagnement des clients demeurent fondamentaux.« Je ne proposerai jamais un produit structuré sur un actif sur lequel je ne souhaiterais pas être investie en direct », rappelle-t-elle. Les barrières de protection ne doivent jamais masquer les différents risques sous-jacents. Risque de marché, risque de crédit de l’émetteur, risque de liquidité ou de marché secondaire doivent être parfaitement compris.
Jérémy Bellaïche partage cette conviction. Pour lui, il n’existe pas de produit universel. L’enjeu consiste à construire des solutions adaptées au profil de chaque investisseur et à ses objectifs patrimoniaux. Un produit destiné à constituer une alternative au cash n’aura évidemment rien de commun avec une stratégie plus dynamique utilisant des effets de levier ou des mécanismes sophistiqués.
Marie-Hélène Royet a particulièrement insisté sur un aspect parfois négligé : le risque de crédit.« Mon premier critère n’est pas ce que rapporte un produit, mais qui va le rembourser », résume-t-elle. Le porteur d’un produit structuré est avant tout créancier de son émetteur, rappelle Stéfano Torti.Cette dimension conduit Moncrief Private Bank à privilégier la diversification entre contreparties et à analyser avec attention la qualité des signatures. L’expérience de la crise financière de 2008 a laissé des traces durables dans la mémoire de nombreux investisseurs monégasques. Le marché secondaire constitue également un critère essentiel.Une contrepartie capable d’assurer des cotations de qualité tout au long de la vie du produit représente un élément déterminant pour des clients dont les besoins peuvent évoluer. « Les rendements très attractifs doivent toujours susciter une certaine prudence », ajoute-t-il.
Contrairement aux idées reçues, Jérémy Bellaïche estime que les jeunes investisseurs se montrent de plus en plus réceptifs aux produits structurés. L’enseignement de ces instruments dans les écoles de commerce et les cursus de finance contribue à leur démocratisation. « Les produits structurés font de plus en plus partie de l’ADN d’UBP », souligne-t-il.
L’amélioration des outils de valorisation et la rapidité avec laquelle il est désormais possible de concevoir des solutions sur mesure répondent également aux attentes d’une clientèle habituée à l’immédiateté.
Stefano Torti observe toutefois que les nouvelles générations restent souvent plus attirées par les investissements directs et privilégient la liquidité.
Dominique d’Arrentières a apporté une perspective plus opérationnelle en soulignant les progrès réalisés par les infrastructures technologiques. Les établissements de gestion exigent aujourd’hui un suivi beaucoup plus précis des produits structurés tout au long de leur cycle de vie. Les plateformes doivent être capables d’intégrer automatiquement les caractéristiques des produits, de suivre les événements de marché et de diffuser des informations régulières aux clients. Cette exigence de transparence répond également aux contraintes réglementaires croissantes.Les outils permettent désormais de rapprocher les caractéristiques des produits avec les profils de risque des investisseurs et de vérifier leur adéquation en permanence.
Stefano Torti rappelle que les produits structurés sont généralement conçus pour être conservés jusqu’à leur échéance ou jusqu’à leur rappel anticipé. Les décisions d’investissement ne doivent pas être dictées uniquement par la recherche du rendement. La qualité de l’émetteur, la diversification des contreparties et la cohérence avec l’ensemble du portefeuille restent prioritaires. Chez Moncrief Private Bank comme chez Andbank, la gestion des produits structurés s’inscrit dans une vision globale du patrimoine.Jérémy Bellaïche insiste enfin sur l’importance des outils de valorisation et des marchés secondaires, qui permettent aujourd’hui d’accompagner les clients avec davantage de flexibilité.
Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé : les produits structurés poursuivent leur montée en puissance dans les portefeuilles privés.
Grâce à leur flexibilité, à la richesse des scénarios qu’ils permettent d’envisager et à la qualité croissante des outils technologiques, ils constituent désormais un élément incontournable de nombreuses stratégies patrimoniales.À condition, toutefois, qu’ils soient utilisés avec discernement.
Comme l’ont rappelé Jérémy Bellaïche, Marie-Hélène Royet et Stefano Torti, leur efficacité repose moins sur la recherche du rendement maximal que sur leur capacité à apporter une réponse précise aux objectifs de chaque investisseur, dans une logique de diversification, de protection et de maîtrise du risque.