Panel discussion with five speakers seated at high white tables on stage, microphones in use and an audience in foreground.
05
juillet
2026
Expertises et Solutions

Capital-investissement : entre démocratisation, diversification et nouvelles thématiques de croissance.

Animée par Ludivine Garnaud, rédactrice en chef des événements de L’AGEFI, cette table ronde a réuni Renaud Bottaro, directeur du pôle Banque Privée de LCL Banque Privée Monaco, Émilie Chauvet, Deputy Head de Société Générale Private Banking Monaco, Matteo Mescolini, CEO d’EFG Bank Monaco, ainsi que Thibaut Mortelecq, directeur du développement d’Altaroc Partners. Les échanges ont mis en lumière la place désormais incontournable du capital-investissement dans les portefeuilles des investisseurs privés, son rôle dans la diversification patrimoniale et les nouvelles opportunités offertes par les grandes transformations économiques. Tous ont insisté sur la nécessité d’une approche de long terme, fondée sur la pédagogie, la sélection des gérants et la qualité de l’accompagnement.

Le capital-investissement s’impose progressivement dans les allocations

Longtemps réservé aux investisseurs institutionnels, le private equity est devenu une composante structurelle des allocations patrimoniales des clients les plus sophistiqués. L’évolution est particulièrement marquée chez les grandes fortunes, les entrepreneurs et les family offices, qui recherchent de nouvelles sources de performance tout en diversifiant leurs portefeuilles.

Émilie Chauvet observe que les actifs non cotés occupent désormais une place significative dans les allocations. Selon les profils, ils peuvent représenter entre 15 et 30 % des patrimoines financiers, et davantage encore lorsque les investisseurs disposent d’une expertise particulière ou sont accompagnés par des single family offices. Pour elle, le capital-investissement constitue le cœur des actifs privés, autour duquel viennent se greffer la dette privée ou les infrastructures. « Historiquement, c’est cette classe d’actifs qui a délivré le plus de création de valeur », souligne-t-elle. Cette évolution traduit également une volonté des investisseurs d’accéder plus directement à l’économie réelle et à des moteurs de croissance souvent absents des marchés cotés.

Une démocratisation progressive portée par de nouvelles solutions

Du côté de LCL Banque Privée Monaco, Renaud Bottaro constate lui aussi une montée en puissance régulière du private equity dans les portefeuilles. Si les allocations moyennes demeurent comprises entre 5 et 10 %, certains clients dépassent largement les 30 %. À l’inverse, une partie de la clientèle découvre encore cette classe d’actifs. Cette démocratisation résulte autant du contexte économique que de l’évolution des solutions proposées.La volatilité des marchés cotés et les tensions géopolitiques ont conduit de nombreux investisseurs à rechercher des actifs plus décorrélés. Dans le même temps, l’émergence des fonds evergreen a contribué à rendre le private equity plus accessible.

Renaud Bottaro rappelle également que ces investissements répondent à une aspiration croissante des clients : donner du sens à leur patrimoine et participer au financement de l’économie réelle.Le capital-investissement permet ainsi de raconter une histoire, de soutenir des entreprises, des territoires ou des thématiques porteuses de croissance.

Matteo Mescolini : capter une croissance qui se crée avant la Bourse

Pour Matteo Mescolini, CEO d’EFG Bank Monaco, l’intérêt du private equity réside notamment dans sa capacité à capter une partie importante de la création de valeur avant l’introduction en Bourse des entreprises.Il rappelle qu’aux États-Unis, seule une faible proportion des sociétés réalisant plus de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires est cotée. Une grande partie de la croissance est donc générée en dehors des marchés financiers traditionnels.Cette réalité explique la place croissante des marchés privés dans les stratégies des grandes fortunes et des entrepreneurs.« Le private equity permet d’intercepter une partie importante de la croissance de l’économie réelle avant qu’elle n’arrive sur les marchés cotés », explique-t-il.

Chez EFG Bank Monaco, les entrepreneurs constituent naturellement une clientèle particulièrement réceptive à cette approche, eux-mêmes étant familiers de la création d’entreprise et des horizons de long terme.

Souveraineté, santé, technologie : les grandes thématiques d’investissement

Les intervenants ont souligné que les évolutions géopolitiques récentes redessinent progressivement les thématiques privilégiées par les investisseurs.

Émilie Chauvet observe un intérêt croissant pour les enjeux de souveraineté, qu’il s’agisse de la défense européenne, de la santé, du cloud, des infrastructures numériques ou encore de la gestion des données.

L’intelligence artificielle constitue également un thème transversal majeur. Au-delà des entreprises technologiques elles-mêmes, les opportunités concernent l’ensemble des secteurs capables d’intégrer ces nouveaux outils dans leurs processus opérationnels.

Renaud Bottaro met également en avant des stratégies orientées vers les entreprises matures, en croissance, principalement européennes, capables d’accompagner les grandes mutations économiques.

L’Europe conserve une place privilégiée dans de nombreuses allocations, même si les États-Unis demeurent incontournables pour certains segments spécialisés.

Une approche pragmatique et tournée vers le long terme

Pour Matteo Mescolini, la construction d’une poche de private equity doit toujours s’inscrire dans une vision de long terme.Les grandes tendances économiques priment sur les effets de mode. Il estime notamment que les enjeux liés à la transition environnementale, à la technologie ou encore à l’économie bleue continueront à structurer les opportunités d’investissement des prochaines décennies.« Lorsque l’on investit sur dix ans, il faut penser très loin », résume-t-il.Cette approche explique également l’importance accordée à la diversification géographique et sectorielle.

Thibaut Mortelecq : éviter les effets de mode

Directeur du développement d’Altaroc Partners, Thibaut Mortelecq a rappelé qu’un portefeuille de private equity se construit sur plusieurs cycles économiques.

Il met en garde contre la tentation de suivre les thématiques les plus médiatisées du moment.« Nous faisons très attention aux effets de mode », explique-t-il.La défense, l’ESG ou l’intelligence artificielle peuvent naturellement constituer des opportunités, mais elles doivent s’inscrire dans une stratégie cohérente à dix ans.Altaroc privilégie ainsi des secteurs tels que les logiciels, les services aux entreprises, la santé ou les sociétés capables de devenir des leaders internationaux.L’accent est également mis sur les petites et moyennes capitalisations, jugées plus créatrices de valeur sur longue période.

La sélection des gérants, clé de la performance

Tous les intervenants ont insisté sur l’importance déterminante du choix des équipes de gestion.

Pour Émilie Chauvet, les critères d’analyse portent autant sur les performances historiques que sur la capacité opérationnelle des gérants à accompagner les entreprises dans leur développement.

L’apport ne se limite plus au capital. Il s’agit également d’apporter des compétences, de l’expertise sectorielle et une véritable valeur ajoutée stratégique.

Renaud Bottaro souligne, de son côté, l’importance de l’alignement des intérêts entre les gérants et les investisseurs, ainsi que la nécessité d’analyser la dispersion des performances entre les différentes maisons de gestion.

Thibaut Mortelecq accorde une attention particulière à la stabilité des équipes, à la répartition du capital au sein des sociétés de gestion et à la préparation de la relève générationnelle.Selon lui, la qualité humaine des équipes constitue souvent un facteur plus important encore que les performances passées.

Matteo Mescolini partage cette conviction.« Le private equity est avant tout un métier de personnes », rappelle-t-il.

Pédagogie et accompagnement deviennent essentiels

La démocratisation du capital-investissement impose un effort de pédagogie considérable. Appels de fonds, distributions, fiscalité, horizon de placement ou construction progressive des portefeuilles : autant de sujets qui nécessitent un accompagnement spécifique.Les professionnels présents soulignent que cette dimension pédagogique représente aujourd’hui une part importante de leur activité.Les investisseurs les plus expérimentés recherchent des analyses toujours plus poussées, tandis que les nouveaux entrants doivent être accompagnés dans leur compréhension de cette classe d’actifs.Cette mission d’éducation constitue sans doute l’un des grands enjeux du développement futur du private equity.

Une place appelée à se renforcer

Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé : le capital-investissement continuera à gagner en importance dans les portefeuilles des investisseurs privés.

La sophistication croissante des solutions, l’ouverture progressive des marchés privés et les grandes mutations économiques en cours renforcent l’intérêt de cette classe d’actifs.Pour Renaud Bottaro, Émilie Chauvet et Matteo Mescolini, cette évolution s’inscrit dans une tendance de fond qui dépasse largement les effets de cycle.Mais tous rappellent que le private equity demeure un investissement exigeant, qui requiert du temps, de la discipline et une sélection rigoureuse.Des qualités qui, plus que jamais, font la différence dans un environnement devenu plus complexe et plus sélectif.

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